Politiquement nègre, par Eric Dumoulin

Politiquement nègre, par Eric Dumoulin
Même si l'autosatisfaction et la pédanterie paraissent caractériser l'auteur, je vous recommande néanmoins la lecture de ce petit livre truffé d'anecdotes cocasses et riche en vocabulaire. L'ensemble est agréable à lire.
# Posté le jeudi 03 avril 2008 07:06

A (re)voir!

A (re)voir!
# Posté le mercredi 02 avril 2008 12:50

Lamartine à propos de la Révolution

Ci-dessous, un extrait de l´"Histoire des Girondins", écrite en 1846 par Lamartine. Retrouvez ici ces quelques lignes.

La Révolution n'avait duré que cinq ans. Ces cinq années sont cinq siècles pour la France. Jamais peut-être sur cette terre, à aucune époque, depuis l'incarnation de l'idée chrétienne, un pays ne produisit, en un si court espace de temps, une pareille éruption d'idées, d'hommes, de natures, de caractères, de génies, de talents, de catastrophes, de crimes et de vertu, que pendant cette élaboration convulsive de l'avenir social et politique, qu'on appelle du nom de la Révolution française.

Ni le siècle de César et d'Octave à Rome; ni le siècle de Charlemagne dans les Gaules et dans la Germanie; ni le siècle de Léon X en Italie; ni le siècle de Louis XIV en France; ni le siècle de Cromwell en Angleterre ! On dirait que la terre, en travail pour enfanter l'ordre progressif des sociétés, fait un effort de fécondité comparable à l'oeuvre énergique de régénération que la Providence veut accomplir.

Les hommes naissent comme des personnifications instantanées des choses qui doivent se penser se dire ou se faire. Voltaire, le bon sens ; Jean-Jacques Rousseau, l'idéal ; Condorcet, le calcul ; Mirabeau, la foudre ; Vergniaud, l'élan ; Danton, l'audace ; Marat, la fureur ; madame Roland, l'enthousiasme ; Charlotte Corday, la vengeance ; Robespierre, l'utopie; Saint-Just, le fanatisme de la Révolution. Et derrière eux les hommes secondaires de chacun de ces groupes forment un faisceau que la Révolution détache après l'avoir réuni, et dont elle brise une à une toutes les tiges comme des outils ébréchés.

La lumière brille à tous les points de l'horizon à la fois. Les ténèbres se replient. Les préjugés reculent. Les consciences s'affranchissent. Les tyrannies tremblent. Les peuples se lèvent. Les trônes croulent. L'Europe intimidée essaye de frapper, et, frappée elle-même, recule pour regardes de loin ce grand spectacle. Ce combat à mort pour la cause de la raison humaine est mille fois plus glorieux que les victoires des armées qui lui succèdent. Il conquiert au monde d'inaliénables vérités, au lieu de conquérir à une nation de précaires accroissements de provinces. Il élargit le domaine de l'homme, au lieu d'élargir les limites d'un territoire. Il a le martyre pour gloire, et la vertu pour ambition. On est fier d'être d'une race d'hommes à qui la Providence a permis de concevoir de telles pensées, et d'être enfant d'un siècle qui a imprimé l' impulsion à de tels mouvements de l'esprit humain. On glorifie la France dans son intelligence, dans son rôle, dans son âme, dans son sang ! Les têtes de ces hommes tombent une à une, les unes justement, les autres injustement ; mais elles tombent toutes à l'oeuvre. On accuse ou l'on absout. On pleure ou on maudit. Les individus sont innocents ou coupables, touchants ou odieux, victimes ou bourreaux.

L'action est grande, et l'idée plane au-dessus de ses instruments comme la cause toujours pure sur les horreurs du champ de bataille. Après cinq ans la Révolution n'est plus qu'un vaste cimetière. Sur la tombe de chacune de ses victimes, il est écrit un mot qui la caractérise. Sur l'une, philosophie. Sur l'autre, éloquence. Sur celle-ci, génie. Sur celle-là, courage. Ici, crime. Là, vertu. Mais sur toutes il est écrit : Mort pour l'avenir et ouvrier de l'humanité.

Une nation doit pleurer ses morts, sans doute, et ne pas se consoler d'une seule tête injustement et odieusement sacrifiée ; mais elle ne doit pas regretter son sang quand il a coulé pour faire éclore des vérités éternelles. Dieu a mis ce prix à la germination et à l'éclosion de ses desseins sur l'homme. Les idées végètent de sang humain. Les révélations descendent des échafauds. Toutes les religions se divinisent par les martyrs. Pardonnons-nous donc, fils des combattants ou des victimes ! Réconcilions-nous sur leurs tombeaux pour reprendre leur oeuvre interrompue ! Le crime a tout perdu en se mêlant dans les rangs de la république. Combattre, ce n'est pas immoler. Otons le crime de la cause du peuple comme une arme qui lui a percé la main et qui a changé la liberté en despotisme ; ne cherchons pas à justifier l'échafaud par la patrie, et les proscriptions par la liberté ; n'endurcissons pas l'âme du siècle par le sophisme de l 'énergie révolutionnaire : laissons son coeur à l'humanité, c'est le plus sûr et le plus infaillible de ses principes, et résignons-nous à la condition des choses humaines.

L'histoire de la Révolution est glorieuse et triste comme le lendemain d'une victoire, et comme la veille d'un autre combat. Mais si cette histoire est pleine de deuil, elle est pleine surtout de foi. Elle ressemble au drame antique, où, pendant que le narrateur fait le récit, le choeur du peuple chante la gloire, pleure les victimes et élève un hymne de consolation et d'espérance à Dieu !
# Posté le dimanche 23 mars 2008 14:42

A lire!

A lire!
L'ancien régime et la révolution, d'Alexis de Tocqueville:

Troisième partie:

Chapitre VIII: Comment la révolution est sortie d'elle-même de ce qui précède



Quand je considère cette nation en elle-même, je la trouve plus extraordinaire qu'aucun des événements de son histoire. En a-t-il jamais paru sur la terre une seule qui fût si remplie de contrastes et si extrêmes dans chacun de ses actes, plus conduite par des sensations, moins par des principes ; faisant ainsi toujours plus mal ou mieux qu'on ne s'y attendait, tantôt au-dessous du niveau commun de l'humanité, tantôt fort au-dessus ; un peuple tellement inaltérable dans ses principaux instincts qu'on le reconnaît encore dans des portraits qui ont été faits de lui y il a deux ou trois mille ans, et en même temps tellement mobile dans ses pensées journalières et dans ses goûts qu'il finit par se devenir un spectacle inattendu à lui-même, et demeure souvent aussi surpris que les étrangers à la vue de ce qu'il vient de faire ; le plus casanier et le plus routinier de tous quand on l'abandonne à lui-même, et lorsqu'une fois on l'a arraché malgré lui à son logis et à ses habitudes, prêt à pousser jusqu'au bout du monde et à tout oser ; indocile par tempérament, et s'accommodant mieux toutefois de l'empire arbitraire et même violent d'un prince que du gouvernement régulier et libre des principaux citoyens ; aujourd'hui l'ennemi déclaré de toute obéissance demain mettant a servir une sorte de passion que les nations les mieux douées pour la servitude ne peuvent atteindre ; conduit par un fil tant que personne ne résiste, ingouvernable dès que l'exemple de la résistance est donné quelque part ; trompant toujours ainsi ses maîtres, qui le craignent ou trop ou trop peu ; jamais si libre qu'il faille désespérer de l'asservir, ni si asservi qu'il ne puisse encore briser le joug; apte à tout, mais n'excellant que dans la guerre; adorateur du hasard, de la force, du succès, de l'éclat et du bruit, plus que de la vraie gloire; plus capable d'héroïsme que de vertu, de génie que de bon sens, propre à concevoir d'immenses desseins plutôt qu'à parachever de grandes entreprises ; la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l'Europe, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet d'admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d'indifférence ?



Elle seule pouvait donner naissance à une révolution si soudaine, si radicale, si impétueuse dans son cours, et pourtant si pleine de retours, de faits contradictoires et d'exemples contraires. Sans les raisons que j'ai dites, les Français ne l'eussent jamais faite ; mais il faut reconnaître que toutes ces raisons ensemble n'auraient pas réussi pour expliquer une révolution pareille ailleurs qu'en France.
# Posté le dimanche 23 mars 2008 06:17

Ce qu´on voit et ce qu´on ne voit pas, par Frédéric Bastiat...

Ce qu´on voit et ce qu´on ne voit pas part d´une idée tout à fait intéressante, mais je dois avouer avoir l´impression que cette dernière ne justifie pas la petite cinquantaine de pages au cours desquelles l´économiste et député Frédéric Bastiat s´acharna, en 1850, à étayer sa démonstration. Pour faire du mauvais esprit, je dirais tout simplement que la lecture de l´introduction, voire uniquement celle du titre de l´essai, suffit très amplement. Je ne résiste, toutefois, pas à l´envie de publier, ici, le passage qui m´a le plus plu. Ce n´est d´ailleurs pas un hasard s´il s´agit d´une citation de Chateaubriand (et non de Bastiat!), extraite des Mémoires d´outre-tombe, que l´économiste utilise en guise de conclusion:

« Il y a deux conséquences en histoire : l'une immédiate et qui est à l'instant
connue, l'autre éloignée et qu'on n'aperçoit pas d'abord. Ces conséquences souvent se
contredisent ; les unes viennent de notre courte sagesse, les autres de la sagesse perdurable.
L'événement providentiel apparaît après l'événement humain. Dieu se lève derrière
les hommes. Niez tant qu'il vous plaira le suprême conseil, ne consentez pas à son
action, disputez sur les mots, appelez force des choses ou raison ce que le vulgaire
appelle Providence ; mais regardez à la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours
produit le contraire de ce qu'on en attendait quand il n'a point été établi d'abord sur
la morale et la justice. »

Pour vous faire votre propre idée, retrouvez ici l´essai de Bastiat.
# Posté le samedi 22 mars 2008 11:47